Une question récurrente, que je me suis posée également : peut-on vraiment faire de la photo avec Linux ?

Bien évidemment, tout dépend de ce qu’on entend exactement par « faire de la photo », car il existe plusieurs niveaux de réponse :

  • Si vous faites des photos souvenirs, que vous retouchez très peu, alors la réponse est oui sans hésitation. Les distributions linux d’aujourd’hui sont même pour la plupart mieux fournies par défaut pour cela que Windows. Pour la visualisation, F-Spot fait très bien l’affaire, et The Gimp vous permet de retoucher grand nombre de choses, même s’il nécessite un temps d’adaptation certain…
  • Si vous êtes un passionné, shooteur intensif et exigent sur le résultat, les choses se compliquent un peu… Et ma réponse, serait plutôt « C’est possible, mais il faut être motivé et prêt à faire des concessions ».

En effet, la plupart des passionnés shootent au format RAW ou NEF, et ils ont raison ! Ces formats sont dits « bruts de capteurs », c’est à dire que le boitier vous livre les données d’image les plus riches possibles, et sans pré-traitement par le processeur d’image embarqué dans votre appareil. Vous obtenez donc une sorte de « matrice », que vous devez ensuite travailler à votre guise pour obtenir le résultat souhaité. Il vous faut donc un premier logiciel (ou plutôt « composant logiciel » car il peut tout à fait être inclus au sein d’un logiciel plus global comme Adobe Photoshop), capable de lire et traiter ses formats : sous Windows et Mac le logiciel phare du moment est Adobe LightRoom, qui s’est imposé par son excellente ergonomie et certains outils très bien pensés.

Bien sûr, des concurrents existent, comme Aperture d’Apple ou Bibble par exemple, et le cas Bibble est intéressant car il est multi-plateforme et donc utilisable « sans bidouille » sur Linux.

Lorsque je suis passé sous Ubuntu il y a quelques mois, je voulais tenir ma démarche jusqu’au bout, et donc utiliser des logiciels libres pour toute ma chaîne de traitement d’image. Je me suis donc mis à chercher le « dérawtiseur » de mes rêves, et voici la liste que j’ai essayé :

  • UFRaw : disponible soit en « stand-alone », soit en plug-in pour The Gimp, il lit parfaitement les RAW de mon Canon 30D, mais quel manque d’ergonomie ?! Impossible d’obtenir les réglages que je souhaitais.
  • LightZone : très prometteur sur le papier, il était hélas loin d’être abouti lors de mon essai puisqu’il proposait simplement un outil de gestion de bibliothèque d’images, et était peu ergonomique. Depuis il est devenu payant, pas loin de 200$, mais semble être terminé.
  • Bibble : disponible en deux versions, pro (160$) ou lite (90$), il est souvent mis en avant en terme de fonctionnalité par rapport à LightRoom, notamment par sa gestion du mode connecté permettant ainsi d’afficher en temps réel sur son écran de PC les photos prises par l’appareil. Ceci étant, son ergonomie n’a quand même rien à voir avec celle de LightRoom… mais c’est évidemment un avis très subjectif !

Bon, pas super emballé par mes essais, j’ai néanmoins conservé UFRaw pour sa gratuité, en espérant pouvoir rattraper les réglages dans The Gimp, l’outil de traitement d’images incontournable sur Linux !

Habitué depuis des années à Photoshop, je me suis battu pendant quelques semaines avec The Gimp pour me repérer dans les menus et trouver des équivalences, et certains termes sont trompeurs : l’équivalent des calques de Photoshop s’appellent des filtres sous Gimp, alors que les filtres dans Photoshop sont encore des choses différentes… Bref, j’ai traité une de mes séances entièrement avec The Gimp (« The deal »), le résultat est correct, mais j’ai bien galéré avec ces outils, et passé beaucoup plus de temps que prévu pour le faire !

Bref, vous l’aurez compris, mon passé de « Windowsien » et les outils vraiment excellents que j’ai utilisé pendant ce temps pour le traitement d’images m’ont visiblement rendu hermétique à leurs équivalents disponibles sous Linux. C’est dommage, mais c’est ainsi !

Ensuite, vous me direz que je compare sans doute des choses peu ou pas comparables par rapport à leurs gammes de prix, car Adobe LightRoom coûte quand même 300€. Mais réussir à faire 98% de mes traitements avec un seul logiciel en un rien de temps, est pour moi un gain énorme, et cela n’a pas de prix…

Ceci étant, d’après les captures d’écran qu’on peut trouver sur le net, la sortie de Bibble Pro 5 pourrait bien changer la donne, car son ergonomie semble très proche de celle de LightRoom, affaire à suivre !

Certains vont sans doute se dire :

mais je croyais qu’il était sous linux ?!

Bonne remarque, il existe plusieurs façons de répondre à ce besoin : faire tourner Windows dans votre Linux grâce à la virtualisation, ou installer Windows en dual-boot (ou avoir deux pc, mais là c’est encore une autre histoire ;o) ).

J’ai commencé par la première solution, avec VirtualBox et ça fonctionne plutôt bien. Le problème c’est que LightRoom est très gourmand en E/S disques, (il écrit et lit beaucoup) et donc présente tout de même des lenteurs lorsqu’il tourne sur un OS virtualisé. Et finalement, il y a quelques jours, profitant de la sortie d’Ubuntu 9.04 et voulant absoluement essayer le système de fichier ext4, j’ai mis Windows en dual boot, et je l’utilise donc pour mes traitements d’image (et pour jouer un peu, j’avoue…).

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